Cerveau et langage : l’apprentissage d’une nouvelle langue le modifie. L’exemple du sanskrit

Publié le : 25 mai 20226 mins de lecture

L’apprentissage de nouvelles langues façonne le cerveau et remodèle notre perception de la réalité. Que se passe-t-il dans le cerveau lorsque la langue apprise est celle des Dieux, ou plutôt l’ancienne langue sanskrite ? Le neurologue et expert en Ayurveda, le Dr Antonio Morandi, raconte.

L’apprentissage d’une nouvelle langue

L’apprentissage d’une nouvelle langue entraîne des changements tant au niveau de la structure du cerveau que du traitement de la perception de la réalité. Cette hypothèse a été confirmée par de nombreuses études. En effet, il a été largement démontré que, même chez les adultes, l’apprentissage des langues étrangères s’accompagne d’une modification structurelle des régions du cerveau impliquées dans le langage et d’une augmentation du volume de leur matière grise. Ces changements impliquent évidemment une variation au niveau microstructurel, c’est-à-dire des neurones, des cellules gliales et de leurs connexions synaptiques.

Il a notamment été observé que l’hippocampe et les zones du lobe temporal gauche sont des structures qui se sont révélées importantes pour l’apprentissage d’une nouvelle langue. Comme on l’a déjà mentionné, l’hippocampe est crucial pour la formation des souvenirs à court et à long terme, mais il est également connu comme la structure principalement affectée dans la maladie d’Alzheimer. À cet égard, il est intéressant de noter que les personnes bilingues ont tendance à présenter une apparition plus tardive de la maladie d’Alzheimer que les personnes monolingues. Comme si l’augmentation du volume de l’hippocampe induite par le bilinguisme jouait un rôle protecteur, voire tampon, contre la neurodégénérescence.

Les différentes langues

Les différentes langues montrent l’infinie adaptabilité de l’homme et présentent des caractéristiques particulières, tant du point de vue structurel que logique. La façon dont les mots sont formés, les règles grammaticales et syntaxiques constituent les éléments fondateurs d’une langue. Compte tenu de la relation étroite qui existe entre le cerveau et le langage, il est raisonnable d’affirmer qu’un langage exprime dans sa structure le schéma fonctionnel du système cognitif auquel il appartient. Par conséquent, l’apprentissage d’une nouvelle langue impliquerait la possibilité d’assimiler un système différent de traitement de la pensée et donc de perception de la réalité.

La langue des dieux : le sanskrit

Parmi les différentes langues existant dans le monde, au nombre d’environ 7000, certaines présentent des caractéristiques structurelles très particulières, qui plus que d’autres peuvent influencer la structure cognitive. Le sanskrit est l’un d’entre eux.

La structure grammaticale du sanskrit est si complexe et complète qu’elle a été prise comme référence par l’informatique moderne. En fait, les 3959 règles définies par le grammairien Pāṇini anticipent la logique mathématique formelle moderne et les métalangages utilisés dans la conception des langages de programmation informatique.

La principale caractéristique qui différencie le sanskrit des langues modernes réside dans le fait que ses mots sont principalement constitués de racines de verbes et ne représentent pas des objets mais leurs propriétés. Cette caractéristique conduit à un manque d’univocité entre le mot et l’objet, sauf dans de très rares cas, comme les nombres. La réalité décrite par le sanskrit est donc dynamique et non emprisonnée dans la nature statique de l’objet. Par exemple, un mot sanskrit désignant un  » arbre  » est vṛkṣa qui signifie littéralement  » quelque chose qui est coupé et qui tombe  » : il semble évident que cette propriété de tomber lorsqu’on est coupé peut aussi s’appliquer à d’autres entités qu’un arbre. Les mots changent donc en fonction de la propriété qui représente le plus la fonction de l’objet considéré. En effet, si on veut attirer l’attention sur le fait que l’arbre a des racines qui puisent les nutriments dans le sol, on utilisera le mot pādapa qui signifie  » quelque chose qui boit en utilisant ses pieds « .

Selon cette logique, un mot sanskrit peut être inventé par n’importe qui sur la base des propriétés d’un objet, même s’il est inconnu. Les mots sont formés selon un algorithme spécifique appelé vyākaraṇa qui assemble des morphèmes indiquant des propriétés simples pour former des agrégats complexes. Ainsi, le nombre de mots qui peuvent être formés en sanskrit est pratiquement infini.

L’aspect particulier du sanskrit dans la pratique est que la grammaire et la sémantique sont fusionnées en une entité cohérente et ne sont pas séparées comme dans les autres langues.

Ce qui précède est une indication de la complexité et de la diversité du modèle cognitif qui correspond à la langue sanskrite, et qui décrit un monde interconnecté et en constante évolution. Un monde décrit à travers la langue sanskrite acquiert certainement des dimensions différentes, et en fait la science védique décrit une réalité beaucoup plus proche de celle décrite par la physique quantique moderne dont elle se rapproche conceptuellement.

Antonio Morandi est un neurologue et un expert en Ayurveda, diplômé en Inde. Il est directeur du centre « Ayurvedic Point » et de l’école d’Ayurveda. Président de S.S.I.M.A. (Société scientifique italienne de médecine ayurvédique), auteur de dizaines d’articles scientifiques sur l’Ayurveda publiés dans les plus importantes revues internationales.

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